Petites manies… Grandes superstitions

Réalisation : Maud Guillaumin
Image: Matthieu Massuard
Montage : Anne Marty et Claudine Seguin
Production : Les productions du moment – Eric Lemasson

Autour d’une table de jeux de hasard, bizarrement, personne ne croit au hasard.
Il n’y a donc pas de meilleur endroit, pour s’immiscer dans l’univers de la superstition.
Dans ce cercle de jeux, à Paris, tous sont des habitués des tables de poker. Et tous ont leur costume de scène, comme une armure pour oser provoquer le hasard en duel.
Claudine, le reconnaît sans rougir… , cachée derrière ses lunettes de soleil et toute de rouge vêtue. « il me faut du rouge… D’ailleurs, oui, on m’appelle la dame en rouge. Je ne peux pas jouer sans en porter »
– « Et ça vous porte bonheur ? »
– « une fois sur dix… »
Et les neufs autres fois, c’est en tripotant ses jetons fétiches gagnés à Las Vegas
que la Dame en rouge se rassure. Au moment de miser, elle croit en sa chance,
mise davantage…. Et perd, coiffée au poteau par l’homme au chapeau.

La partie avance et au fil des tours, nous remarquons que tous les joueurs
semblent avoir un langage secret. Dominique fait rire les autres joueurs en avouant son cérémonial dès le matin : « je mets toujours la chaussette droite avant la gauche. Et si je me trompe ? Je me recouche ! » Ces rituels sont une liturgie non négociable, bien qu’ils ne fonctionnent que pour leur inventeur. Sébastien, un joueur professionnel reconnaît : « vous m’auriez vu jouer il y a 4 ans… j’avais rien, pas d’écharpe, d’élastique… Je sais pas si c’est de la superstition mais j’ai l’impression de mieux jouer en fait !
On ne naît pas superstitieux. On le devient. Parfois en découvrant des milieux où la superstition est reine. Notre voyage au cœur de la superstition se poursuit dans une loge de théâtre, où il n’y a pas si longtemps, on laissait brûler une bougie pour les esprits des lieux.
Le comédien Frédéric Almaviva explique : « il ne viendrait pas à l’idée d’un comédien de venir habillé en vert car cela porte malheur en raison de l’arsenic qui servait à teindre les costumes. Il ne viendrait à l’idée de personne d’offrir des œillets à une comédienne car cela aussi porte malheur ou bien de ne pas se dire « merde » avant une représentation. Cela fait partie du métier. On appartient au même bateau ».

Mais serions-nous tous un peu comédien ? Dans le secret de nos foyers, des comportements anodins deviennent des manies, des religions intimes que l’on ose à peine s’avouer à soi-même. Des « trucs » que l’on fait toujours ou au contraire jamais, pour conjurer le mauvais sort ?